La confusion autour des données sur le gaspillage alimentaire au Canada

Ça fait deux ans déjà que la dernière étude sur le gaspillage au Canada a été dévoilée et, par le fait même, deux ans depuis ma dernière entrevue avec Mario Dumont. 😜

Deux ans plus tard, la confusion règne toujours autour des données trompeuses mises de l’avant par cette étude puis diffusées dans les médias.

En fait, moi-même je suis tombé dans le panneau cette journée-là quand on m’a réveillé autour de 7h30 le matin pour me demander de commenter à la télé une étude qui venait de sortir à l’instant et dont je n’étais évidemment pas encore au courant. J’ai eu à peine quelques heures pour me préparer et survoler les grandes lignes de l’étude pour essayer de répondre du mieux que je pouvais aux questions qui allaient m’être posées. Je n’avais évidemment pas eu le temps d’analyser l’étude en profondeur, et c’est bien dommage parce que, justement, il fallait faire cet exercice approfondi pour réaliser que les données mises de l’avant étaient vraiment trompeuses.

« Food loss and waste » n’égale pas « gaspillage alimentaire »

C’est qu’il y a vraiment un gros problème avec le terme « food waste » en anglais parce que ça signifie à la fois « gaspillage alimentaire » et « résidus/déchets alimentaires », donc le risque de mauvaise interprétation est vraiment énorme. Et c’est justement le cas ici. Dans la donnée « 58% » mise de l’avant par l’étude, il n’y a pas seulement ce qu’on considère comme du gaspillage de nourriture, mais bien aussi tous les résidus non comestibles (qui ne se mangent pas en général) qui viennent avec les aliments que l’on mange. Par exemple : noyaux, écales, cosses, coques, coquilles, écorces, os, etc.

Et, comme si ce n’était pas assez, le 58% inclut aussi les pertes d’humidité des aliments, notamment lorsqu’on les transforme. En effet, quand on cuit ou quand on fait sécher des aliments (et en fait même lorsqu’ils perdent de leur fraîcheur naturellement), ils perdent de l’eau qu’ils contenaient au départ et leur poids s’en trouve réduit, mais on s’entend qu’il n’y a pas eu de gaspillage alimentaire dans le processus. Pourtant, l’étude en question a considéré cette perte de poids comme faisant partie de « food loss and waste » que l’on traduit erronément par « gaspillage alimentaire ».

Donc, après avoir analysé tout ça et avoir fait des calculs pour retirer tout ce qui ne représente pas du réel gaspillage de nourriture (voir mon article sur le sujet pour plus de détails), j’en suis arrivé à la conclusion que les données obtenues par cette étude nous apprend que ce serait environ 30% de la nourriture qui serait gaspillée au Canada, soit environ deux fois moins que la statistique mise de l’avant.

Cela dit, même si la « vraie » donnée est moins sensationnaliste et plus réaliste par rapport aux statistiques que l’on a ailleurs dans le monde, elle demeure tout à fait alarmante. Gaspiller environ le tiers des aliments qui sont produits, c’est bien suffisamment énorme et grave, on n’a vraiment pas besoin de gonfler les statistiques. Même à 30%, le gaspillage alimentaire demeure un de nos principaux problèmes environnementaux.

Trois petites conclusions/recommandations :

À tout le monde :

Il faut faire supra méga giga attention dans l’interprétation des données sur le sujet « food waste » et gaspillage alimentaire, parce que plus souvent qu’autrement les données sont trompeuses, notamment parce que le concept (« food waste » / gaspillage alimentaire) est mal défini et mal interprété.

Aux chercheurs et producteurs de données :

Il faut vraiment arrêter de confondre « gaspillage alimentaire » et « résidus/déchets alimentaires », assurez-vous svp le plus possible d’éviter cette confusion qui nuit vraiment à la compréhension du problème à la mise en place de mesures adaptées.

Aux médias et aux intervenant•e•s invité•e•s :

Il faut vraiment éviter de commenter des études avant d’avoir pris le temps de les analyser en profondeur ou d’avoir consulté des experts qui les ont analysées en profondeur. Je prends une part du blâme d’avoir accepté l’invitation de le faire cette fois-là. Je me suis dit que si ce n’était pas moi qui le faisait, quelque d’autre allait le faire et peut-être encore moins bien que moi et je n’aurais pas eu la visibilité, mais au moins j’aurais eu une meilleure intégrité et rigueur. Mais bon, l’intégrité et la rigueur, c’est beaucoup moins vendeur et moins payant malheureusement et, cette fois-là, j’ai fait un compromis de bonne foi en pensant à tort que j’avais quand même bien compris les données de l’étude.

Je regrette un peu et je vais tenter de ne reproduire cette erreur, mais le problème va bien au-delà de moi, c’est toute l’industrie médiatique qui est portée à vouloir tout commenter à chaud tout le temps et qui entraîne ces dérives sensationnalistes, justement parce que c’est ça qui fait vendre. Bref, un autre gros problème de société pour lequel je vais essayer de faire ma petite part autant que je peux.

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